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Full text of "Autour du Drapeau, 2 mai, College de Monreal, 1899"

009625 





I 



H Sa Grandeur 

fTOoneeigneur Paul JSrucbcai, 

Brcbeveciue /iRontrcal: 



H /JDonsieur Xouts Colin, 
Supeneur Du Semlnalre De Saint*Sulpice ; 



Bur anctens ele\?es College be /Montreal, 



cc ''Souvenir" est respectueusement offert. 



Je benis de tout coeur ce " Souvenir," ceuvre 
de piete et d'union fraiernelle. 

tPAUL, Archev. de Montreal. 



Mon plus grand bonheur c*est d'apprendre 
que mes enfants marcbent dans la voie de 
la verite. (III. Joan. 4). 



L. Colin, Sup. S. S. 



Francigenam sobolem frons quam designat acerna 
Quosque tribus viridans foliis frons signat Hibernos 
Jungat Stella maris divini Cordis amore. 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/autourdudrapeau200coll 




TPeillla tRcQis probeunt ! 



Butour Drapeau^ 



I. Une page d'histoire. 

Adresse a Monseigneur Racicot. . H. Guay. 
3. Our College Flag. . . . Jas. Harwood. 
A mon drapeau (poesie). . . J. Cartier. 

3. Notre nouveau drapeau A. F. 

(Dialogue dit par H. Leclerc, E, Labelle, 
A. Lalonde, H. Renaud, }. Callaghan). 

Le drapeau de Carillon. (O. Cremazie). 

Ed. MONTPETIT. 



7. Aux Canadiens-Francais, soldats de 

Pie IX. (V. de Laprade). . . A. Vallee. 



mne page b'IMstotre. 



Un Drapeau !. ..Le Drapeau du Sacre-Coeur ! . .. 

Comment est nee cette pensee? comment s'est-elle 
realisee ? Voila ce que nous devons dire en peu de mots. 

Depuis plus de 25 ans notre College avait deux ban- 
nieres. Elles rappelaient des jours benis et temoignaient 
des g^nereux sentiments des Canadiens-Fran9ais et des 
Irlandais, eleves de cette maison. Maintes fois elles 
avaient anime nos fetes patriotiques et religieuses et nous 
les aimions parcequ'elles nous rappelaient nos ain^s. 

Mais enfin le temps avait fait son oeuvre ; il fallait les 
remplacer. Qu'allions-nous choisir pour embleme ? 

II n'y eut ni discussion, ni hesitation. Une noble idee 
fut emise et bien vite elle rallia tous les suffrages. 

Notre Seigneur, nous le savions, avait plusieurs fois 
demande que son Sacre-Coeur figurat sur les etendards 
de la France. 

Depuis I'elevation de Sa Grandeur Monseigneur 
Bruch^si sur le siege de Montreal, nous nous etions 
habitues a voir partout, a une place d'honneur, cette ado- 
rable embleme de la charity du Christ. 

C'en ^tait assez pour nous faire d^sirer un drapeau qui 
exprimat I'union de tous dans le cceur de notre Sauveur. 

Bien vite on se mit a I'ceuvre, avec I'entrain de la jeu- 
nesse. Un comite fit appel a la gen^rosite des eleves ; cet 
appel fut entendu avec un empressement digne de tout 

6 



^loge. Un artiste traga les plans et, quand il s'agit d'ex- 
ecuter la broderie, des mains delicates et pieuses nous 
offrirent leurs services. 

Se souvenant que le premier drapeau du Sacr^-Coeur, 
celui qui parut au combat de Patay, avait ete brod^ par 
des Religieuses, les Filles de la Venerable Mere Bour- 
geoys tinrent a honneur de donner au Sacre-Cceur de 
Jesus une nouvelle preuve de leur devouement. 

Inspire par de tels sentiments le travail alia vite, et, 
bien plus tot qu'on n'osait I'esperer, le drapeau se trouva 
pret. II fallait le benir : Mgr I'Archeveque accueillit 
avec bonheur un desir si conforme a ses vues, et la fete 
fut fixee au 2 mai. 

C'etait le jour de notre pelerinage a Notre Dame de 
Bon Secours, le jour aussi de la Confirmation et de la 
I ere Communion pour les plus jeunes de la famille. 

Dans I'antique chapelle, magnifiquement decoree, se 
pressaient, des 6 hrs. Y2 du matin, les ecoliers, leurs 
parents et des amis. Sa Grandeur parait, revetue de ses 
ornements pontificaux et adresse a son jeune auditoire 
les paroles les plus touchantes. Avec une emotion qui 
gagne tous les cceurs, Monseigneur nous parle de nos 
jeunes annexes et de notre College qui fut aussi le sien ; 
il nous redit la bonte de nos meres, mais celle mille 
fois plus douce encore de la Ste Vierge ; il nous montre 
le but de notre vie et de notre Education et nous parle 
de la miiice chretienne, des luttes a venir et de notre 
drapeau du Sacre-Cceur. 

Tous les yeux alors se levent sur notre ^tendard 
fierement plante dans le sanctuaire m.eme. Oh ! qu'il 



nous parait beau a mesure que notre Eveque et Pere 
nous en explique les symboles ! 

En presence de I'assemblee debout, Sa Grandeur le 
benit ! . . .Le voila desormais une chose sainte et sacree. . . 
Et tout le reste de la ceremonie il restera la, sous les 
regards de Jesus et de Marie, temoin de nos prieres, de 
nos chants, de nos solennels serments. Ah ! comme elle 
fut pieuse cette messe, fervente cette communion, una- 
nime cette consecration au Sacre-Coeur qui mit fin a la 
fete religieuse ! 

Dans I'apres midi, au College, la fete s'acheva. Ce fut 
vraiment une touchante demonstration ! 

A 4 heures, dans la Salle des Seances, nombre d'anciens 
eleves se trouvaient reunis. 

Mgr Racicot, protonotaire apostolique, presidait, ayant 
a sa droite notre venerable Superieur. Une adresse de 
felicitation lui fut presentee ; Monseigneur y repondit 
avec beaucoup de delicatesse et d'apropos. Rappelant 
les jours deja anciens de son college, il montra la grandeur 
de I'ceuvre de I'education et les souvenirs ineffacables 
que laisse a I'ame cette epoque de la vie. II eut des mots 
d'une reconnaissance toute emue en parlant de son Alma 
Mater et des anciens de St. Sulpice qu'il avait si b'ien 
connus, et qui se plaisaient a le considerer comme un 
enfant de la maison. 

Prenant alors le drapeau, Mgr Racicot ajouta : " Mes 
chers enfants, vous me considerez aujourd'hui comme un 
veteran du College . . . Eh ! bien c'est au nom des anciens 
Aleves que je vous remets ce drapeau. Portez-le vail- 
lamment, honorez-le par vos oeuvres. Faites comme vos 
devanciers ; . . . faites mieux encore. Nous avons con- 

8 



fiance en vous. Vous voudrez, nous en sommes siirs, 
etre dignes du glorieux passe de notre Alma Mater." 

D'enthousiastes bravos saluerent ces paroles et deux 
Rhetoriciens s'avancant, un Canadien-fran^ais et un 
Irlandais, recurent le drapeau et le fixerent a une place 
d'honneur. 

Ce fut le signal de chants, de lectures, de declama- 
tions. Autour du drapeau s'operait comme une mer- 
veilleuse floraison de prose et de poesie. On avait meme 
eu la bonne pensee d'evoquer le souvenir d'illustres 
etendards, qui semblaient tour a tour venir donner au 
notre un salut fraternel. 

La plupart de ces " morceaux choisis " se retrouvent 
dans les modestes pages de ce livret. Mais ce qu'on n'y 
saurait retrouver c'est la conviction, le sentiment reli- 
gieux, le souffle patriotique qui couraient dans les ames 
et arrachaient a tout instant les applaudissements de 
I'auditoire. 

Cette journee avait ete trop belle pour ne pas laisser 
de trace. On a instamment reclame un petit livre que 
les Aleves, anciens et presents, pussent conserver. 
Comment ne pas entendre un souhait si d^licat ? 

Voici done ce Souvenir tant desire. Le temps n'a pas 
permis de mieux faire. Puisse ce petit livre nous rappe- 
ler longtemps la fete du Drapeau ! Puisse-t-il, entre les 
fils de cette maison de St-Sulpice, ceux du passe, du 
present, comme de I'avenir, etre un lien d'indissoluble 
union ! 



En la fete du Sacr^-Coeur, 9 juin 1899. 



a CSiQv %. IRacicot, 

Protonotatre HpostoUque, 
U/icaire General Dc /{Dontceal. 

flbonsclQneur : 

Ouand, apres ses campagnes, le veteran revient au 
regiment, tout est a la joie. Et ses freres d'armes, heu- 
reux de le revoir, et les jeunes recrues, fibres de leurs 
devanciers, se groupent autour du drapeau pour entendre 
les recits de bataille et r^p^ter ensemble les chansons du 
vieux temps. 

Mais lorsque ce veteran a fourni une longue carriere, 
et, par ses hauts faits, glorifie son pays et honore I'armee ; 
quand surtout il revient portant la croix des braves et 
revetu des insignes d'un ' grade noblement conquis, oh ! 
alors, ce n'est plus seulement, au regiment, la joie du 
retour, c'est le chant de la victoire ; c'est plus qu'une 
fete, c'est un triomphe. 

Et si, par aventure, le drapeau, a force d'etre all6 a la 
peine, est deja tout meurtri ; s'il n'a plus de place pour 
qu'on y ecrive de recents exploits ; ou si un souffle nou- 
veau passant a travers les ames, reclame un symbole 
nouveau, alors on ^rode un nouvel etendard et le glorieux 
veteran remet aux mains des jeunes I'embleme renouvel^. 

Telle est la fete qui nous rassemble aujourd'hui. Vous 
avez connu, Monseigneur, les jours deja lointains du 
vieux College. En fevrier 1862 vous preniez, avec armes 
et bagages, le chemin de la montagne ou le Grand Semi- 
naire devait, pour huit ans, abriter les ^coliers que les 
soldats de Sa Majesty d^poss^daient de leur demeure : 
vous etes done un de nos veterans. 

Et sitot que le champ de bataille vous eut et6 ouvert, 



vous y etes entr^ avec cette Anergic, ce desinteressement, 
cette confiance en Dieu, qui ne se devaient jamais de- 
mentir. Soutien, conseiller, ami de trois ^veques, vous 
n'avez eu qu'une pens^e : vous d^vouer au bien commun. 
Ouvrier infatigable, aucune tache ne vous a arrets. C'est 
merveille de voir comme les oeuvres prosperent sous 
votre influence f^conde : le Bon-Pasteur, I'Eveche, la 
Cath^drale, I'Universit^ ; Dieu a tout b^ni, ayant trouv^ 
en vous un homme selon son coeur. 

De toutes parts aussi les sympathies et les devoue- 
ments sont venus vers vous ; et quand un choix heureux 
vous eut place, dans ce diocese, comme un second chef 
et un second pere, de tous les cceurs ont jailli spontan^- 
ment le respect et I'affection. Enfin tout r^cemment, 
sous une gen^reuse inspiration de notre Premier Pasteur, 
le Souverain Pontife lui-meme a voulu recompenser des 
travaux et des vertus dont s'honore ce diocese, en vous 
conferant une dignite exceptionnelle, et, selon votre de- 
licate remarque, en vous rapprochant plus ^troitement 
encore de notre archeveque vener^. 

II nous tardait, Monseigneur, de vous dire, en une 
circonstance solennelle, la joie de nos cceurs et de vous 
presenter Thommage de nos respectueuses f(§licitations. 

Votre College, Monseigneur, ne saurait oublier quelle 
vive affection vous avez gardee pour lui et combien 
depuis trente ans, vous I'avez honore. Aussi nous avons 
desire que votre visite fut pour cette maison I'occasion 
d'une fete dont nous garderons longtemps le souvenir. 

Ce drapeau du Sacre-Cceur que Monseigneur I'Arche- 
veque a beni ce matin a Notre-Dame de Bon-Secours; ce 
drapeau que nous allons chanter ce soir, il vient s'incliner 



devant vous et recevoir de vous comme une seconde 
consecration. Confiez-le, Monseigneur, a nos bras et a 
nos coeurs, et nous, encourages par vos paroles et mar- 
chant sur vos traces, nous promettons de le porter 
toujours au chemin de I'honneur. 

Le College de Montreal. 

2 Mai 1899 



Qwv College flag. 

It has ever been the privilege of collegians to rejoice 
in the celebration of one or more feast-days during the 
scholastic year, but seldom is it given them to rejoice in 
the blessing and unfurling of a college flag. In truth 
may we say that of all the red letter da3^s of our course, 
this is the one ''J>ar excellence^ Old age having claimed 
our late flag as its victim, it was necessary that a new 
one should be secured, for Alma Mater by keeping 
before our gaze the college flag, wishes to teach us 
that, in whatsoever walk of life we may be hereafter, 
we must ever be found marching beneath the flag of 
charity, integrity and nobility. The occasion pre- 
senting itself, the design of our college flag has under- 
gone some change. We are well aware that in the past 
two separate flags have been recognized, one for the 
French-speaking boys, the other for the English-speaking 
ones. This is not now the case. The college is Mont- 
real College. All the students are members of the one 
family, guided and protected by the good Fathers of 
St. Sulpice. Our interests being common, our emblem 



must be common. Hence it is that on a back-ground 
of white silk, symboHcal of that tranquility of conscience, 
the offspring of charity, pure and sincere, which must 
be ours, we notice a simple maple leaf — the national 
ensign of our French-Canadian brothers ; close by, the 
eye rests upon a beautifully designed harp, encircled 
with shamrocks, which clearly points out that the child- 
ren of St. Patrick, happy possessors of that old love for 
piety and learning, have found a home within the saintly 
precincts of this Canadian college. Joining these tw^o 
emblems in fond embrace, there prominently appears 
that religious symbol, than which none is more holy, 
none more conclusive to the well-being of humanity 
poor and suffering — the Sacred Heart. Tenderly are 
we reminded that our education would not be true 
education were our ambitions and aims for this life only. 
With what love, reverence and consolation do we not 
look upon the Sacred Heart which has loved men so 
much. What sweet thoughts are not ours as we see it 
on this our college flag, binding together in the unity of 
faith and love, men so dissimilar in language, manners 
and customs. Let us then love this our flag. May it 
ever be our glory to fondly cherish the memories with 
which this occasion is replete. Let us never forget that 
beneath the waving flag of our Alma Mater, we have 
promised to be true and good soldiers of Christ, faithful 
brothers to one another, conscious of such being the 
will of God and well aware of the truth of the axiom : — 
" United we stand, divided we fall." 



" The English-speaking students 



H /!Don Brapeau. 



A ta vue, 6 drapeau, je sens fremir mon ame ; 
Un souffle de fierte s'est leve dans mon cceur ; 
D'ou te vient ce pouvoir qui m'emeut et m'enflamme 
D'une heroique ardeur ? 

Portes-tu dans tes plis une gloire immortelle ? 
Dans les chocs sanglants ou tombent les nations, 
As-tu vu ces combats ou la mort d'un coup d'aile 
Couche des legions ? 

As-tu vu I'heureux jour ou Montcalm intrepide 
Avec ses fiers soldats aux murs de Carillon 
Plantait son ^tendard encore tout humide 
Du sang d'un bataillon ? 

Oh ! non, chaste drapeau, ce n'est point cette gloire 
Qui me fait tressaillir ; pour soulever mon coeur 
Tu n'as point vu d'exploits aux fastes de I'histoire 
Inscrits avec honneur. 

Ce qui me rend heureux, c'est que ta blanche soie 
Porte le coeur d'un Dieu. La sur des rayons d'or 
II semble reposer quand I'epine le broie, 
Et palpiter encor. 

C'est de voir sur ta hampe, 6 celeste oriflamme, 
Surmont^ d'une ^toile aux reflets radieux, 
Sur un croissant d'argent, briller le monogramme 
De la Reine des cieux. 



14 



C'est d'y voir r(^unis dans un amour intime 
L'embleme de pays qui dans les anciens jours 
N'ont point courb^ leur front, qu'un orgueil legitime 
Rel^vera toujours. 

Symboles v^n^r^s, quand loin de cet asile 
Nous porterons nos pas, votre doux souvenir 
Entretiendra notre ame incertaine et fragile 
D'espoir en I'ayenir. 

Et quand nous reviendrons revivre le jeune age 
A Tombre de ces murs, pour nos coeurs r^jouis 
Tu seras, 6 banniere, une vivante image 
Des jours ^vanouis. 

Nous penserons a ceux pres de qui notre enfance 
Grandissait forte et pure, a ces pretres aimants 
Dont le soin paternel conserva I'innocence 
A nos coeurs de vingt ans. 



2 Mai 1899. 



Jacques Cartier. 



Metre DrapeaUt 



(DIALOGUE.) 

Paul (tenant le drapeaii). — Voici le drapeau que le Sacre- 
Cceur confie a notre fidelite. Defenseurs de ses droits 
et de son honneur, honte a nous, si nous allions trahir 
sa confiance et faillir au devoir ! 

Jeax-Baptiste. — Son honneur est notre honneur ! 

Louis. — Gardons-le et il nous gardera. 

Patrice. — Malheur a qui" porterait la main sur notre 
sainte banniere ! 

Jean. — Malheur a qui oserait souiller sa celeste blan- 
cheur ! 

Paul. — Noble drapeau ! c'est en fremissant d'emotion 
que je te presse sur ma poitrine. Ton origine est si 
pure ! ton apparition a la lumiere si sainte ! 

Louis. — Pour le broder les vierges du Seigneur (i) ont 
deploye toute la dexterite de leurs mains et toute la 
delicatesse de leur cceur. 

Jean-Baptiste. — Jesus sera leur recompense. 

Patrice. — Seul il possede Tor que leurs ames d^sirent. 

Paul. — Encore humide de I'eau sainte que la main du 
Pontife fit couler sur toi, banniere aim^e, que tu me 
parais belle ! 

Louis. — J'aime ta blancheur immaculee. La neige de 
nos hivers, le lys de nos jardins ont moins d'eclat ; 
aupres de toi palissent et I'ecume laiteuse de nos 



(i) Les Soeurs de la Congregation. 



torrents et les flocons d'argent que le vent chasse 
dans I'azur de notre ciel. Ta vue, 6 sainte banniere, 
me parle de purete et d'innocence ; je cache mon ame 
dans tes plis sans tache ; conserve-moi blanc et pur 
comme toi. 

Jean-Baptiste. — J'aimelafeuilled erable ; ellerappelle 
a ma pensee un monde de chers souvenirs : I'humble 
toit ou je regus le jour, les champs paternels, la 
m.odeste eglise ou je m'unis a Dieu pour la premiere 
fois. Eile fait revivre dans mon ame toutes les joies 
de la famille et toutes les gloires de la patrie. 
O Canada, terre a jamais aimee, qu'il est doux de 
grandir a I'ombre de tes lois, d'aimer Dieu sous ton 
beau ciel pur, de dormir le dernier sommeil sous le 
feuillage verdoyant et touffu de tes grands arbres, au 
murmure des flots de ton fieuve-roi ! Berceau et 
tombe de tous ceux que j'aime ici-bas, 6 ma patrie ! 
que ma langue s'attache a mon palais, que ma main 
droite se desseche, si je t'oublie jamais ! 

Patrice. — Comme elle sourit agreablement a mon 
regard la verdure du trefle irlandais ! Des siecles de 
saintete, de souffrance et de foi sont representes par 
cette humble plante. O Irlande, tes enfants pourraient- 
ils t'oublier? Des quatre vents de I'horizon, ils se retour- 
nent vers toi, et ouvrent leur poitrine haletante pour 
recevoir la caresse des brises qui viennent de tes riva- 
ges. Brillante emeraude, detachee de la couronne de 
I'Eternel, il y a du ciel dans I'air que Ton respire sur 
tes bords ; reste toujours Tile des saints ; fleuris a 
jamais, douce Erin, sous les rayons du Sacre-Coeur. 

Jean. — Que de suaves pcnsces se pressent dans mon 
souvenir, quand je contemple, debout sur la hampe, 
les armes resplendissantes de la Reine des Cieux. 
N'est-ce point ta lumiere, douce etoile des mers, qui 
guida nos ai'eux vers ces rivages ? Ou pourrais-je me 
tourner ici, pour n'apercevoir point ton nom ? II est 

17 



ecrit sur toutes les portes de cette maison benie ; il est 
grave au coeur de tous tes enfants ; il est imprime ci 
chaque pas sur le sol de cette ile. Ou irai-je pour ne 
plus penser a toi ? si je descends vers le grand fleuve, 
dans I'immense voix de ses flots, comme dans le 
vague palpitement des roseaux de ses bords, j'entends : 
Ave Alaria ! Si je parcours les rues bruy antes de la 
cite, partout des cloches resonnent, des fleches s'elan- 
cent vers les hauteurs, disant : Ave Maria ! Si je 
gravis la montagne et me perds dans le mysterieux 
dedale de ses sentiers, j'entends le vent bruire dans les 
arbres, tandis que les oiseaux lancent aux echos leurs 
notes aigues et joyeuses : Ave Maria ! — Dans cet uni- 
versel concert, seuls, 6 mes amis, resterions-nous sans 
voix ? et cependant, nos levres ont des accents que 
Marie aime, et nos coeurs des soupirs qu'elle entend. 

Un enfant, un fils de la Bretagne, avait aime et 
chante Marie pendant sa vie. Sur sa tomxbe. Ton vit 
croitre et s'epanouir un beau lys. Chaque petale, plus 
blanc que neige, portait ecrit en lettres d'azur : Ave 
Maria; et lorsque la brise, courbant le gazon qui 
recouvrait la tombe, balangait mollement sa tige 
^lanc^e. Ton entendait, comme une douce musique, 
echo affaibli des concerts d'en haut, redire avec des 
harmonies d'une variety et d'un charme infinis : Ave 
Maria! — Indignes d'une pareille faveur, puissions-nous 
du moins, au sortir de la vie, murmurer une derni^re 
fois : Ave Maria ! 

Paul. — O Coeur de J^sus, qui pourrait parler dignement 
de toi ? Quand les cherubins qui t'adorent me prete- 
raient leur langage de feu, je ne ferais que b^gayer, et 
le mieux serait peut-etre de garder le silence. Mais 
puisqu'il faut chanter tes louanges, que dirais-je ?. . . 
Tu es le soleil du monde invisible. Si tu t'eloignes 
de nos ames, tout languit en elles, tout s'eteint, tout 
meurt. 

i8 



Lorsque, aux derniers jours de I'automne, le soleil 
n'envoie plus a notre terre canadienne que des rayons 
obliques et tiedes, la feuille d'erable palit, se detache 
de son rameau sans attendre le vent, et, tournant un 
peu, descend toute resignee,sans bruit,sans reclamation. 
Le shamrock s'effeuille, se retire de la vie et rentre 
dans le grand recueillement de I'hiver. — Mais que le 
soleil reprenne force au printemps, tout s'eveille, 
tout s'anime, tout bouillonne de vie. La feuille d erable 
^tale sa robe de mousseline legere fraichement teinte 
d'un vert nouveau ; le shamrock souleve sa tete et, 
tendant ses freles bras hors des langes, dem.ande au 
soleil de grandir assez vite pour faire honneur a saint 
Patrice. — Soleil divin, Cceur de Jesus, rayonne toujours 
dans nos ames, verse-leur ta douce lumiere, ta bien- 
faisante chaleur, fais-y regner un printemps eternel, 
embelli de toutes les vertus. 

Jean-Baptiste. — Nous avons exprime librement les 
pensees que nous suggerait notre noble drapeau. 

Louis. — II sera comme un livre constamment ouvert 
sous nos yeux. 

Jean. — Bienheureux qui saura y lire ! 

Patrice. — Bienheureux qui aura le courage de mettre 
en pratique les magnifiques lecons qu'il renferme ! 

Paul. — Nous y lirons les traditions d'un passe plein de 
gloire. 

Louis. — Oui ; et nous y ^crirons un present digne du 
passe : le devouement de nos maitres, la douce frater- 
nity qui nous unit. 

Jean-Baptiste. — Nous en ecrivons aujourd'hui la 
premiere page. 

Patrice. — Page glorieuse et pleine de suaves et forti- 
fiantes emotions. 

19 











Jean. — On dira un jour : " Le drapeau du Sacr^-Coeur 
fut inaugure la derniere annee du XIXe siecle. Mgr 
Bruchesi, archeveque du Sacre-Coeur, le b^nit solennel- 
lementdansrantiquesanctuairede N.D.deBon-Secours, 
le jour de notre pelerinage annuel ; et, le soir, Tun des 
plus illustres enfants du college, recemment elev^ a la 
prelature, Mgr Racicot, vint un moment se reposer 
des travaux de I'heure presente, a I'ombre de ses plis 
flottants. 

Paul. — Les aines de la famille quitteront bientot cette 
demeure.... le drapeau leur aura souri comme dans un 
reve.... ils le laisseront intact. Mais nous, pendant cinq 
ou six annees que nous passerons a son ombre, n'avons- 
nous pas a craindre de le souiller ? 

Jean-Baptiste. — Dieu nqus en preserve ! 

Louis. — Plutot mourir ! 

Patrice. — 11 nous gardera. 

Jean. — Marie aidant, nous serons toujours dignes du 
Sacre-Coeur. 

Paul. — Pour moi, toutes les fois que ce drapeau sera 
deploye a mes yeux, je me demanderai : " Mon ame 
est-elle aussi blanche que lui ? " Et en face du Sacr^- 
Coeur : " Mon coeur est-il charitable et bon ? " 

Jean-Baptiste. — Et moi, a la vue de la feuille d'erable : 
" Suis-je digne de mes ancetres ? M'efforgai-je de 
devenir sage et instruit pour rendre un jour a ma 
patrie les services qu'elle se promet de mon d^- 
vouement ? " 

PATRICE.^ — Le trefle me dira : "As-tu conserve intact le " 
precieux depot de la foi ? " Et la harpe : " Ton ame 
chante-t-elle toujours les hymnes du Seigneur ? Ta 
vie s'exhale-t-elle en un long cantique qui monte de 

la terre d'exil vers la patrie eternelle ? " 

20 











Jean. — Et I'etoile me repetera : " Regarde ma douce 
lumi^re : aie confiance, au ciel tu as une mere." 

Paul. — Doux enseignements ! legons salutaires ! Oh ! 
puissions-nous toujours regarder en face notre banniere 
sans avoir a rougir sur notre vie. 

Louis (en baisant le bord du drapeau). — O saint drapeau, 
passe tout entier dans mon coeur et demeures-y a 
jamais ! 

Jean. — Je jure, etendard sacre, de t'etre fidele jusqu'a 
mon dernier soupir. 

JeaN-Baptiste. — Tavue sera pour nous xxnSursumcorda; 
quand tu clapoteras au soufile de la brise, une voix 
descendra jusqu'a notre coeur, qui dira : Aime Dieu et 
va ton chemin ! 

Paul. — Puissions-nous un jour reunis la-haut, comme 
nous le sommes ici-bas, dans un meme sentiment 
d'amour au Sacre-Coeur, lui rendre son drapeau en 
disant : " Vous nous I'aviez confie pour le combat, 
nous vous le rendons pour la gloire." 

A. F. 




Xc Brapeau Caiillcn. 



Sur les champs refroidis jetant son manteau blanc, 
Decembre ^tait venu. Voyageur solitaire, 
Un homme s'avancait d'un pas faible et tremblant 
Aux bords du lac Champlain. Sur sa figure austere 
Une immense douleur avait pose sa main. 
Gravissant lentement la route qui s'incline, 
De Carillon bientot il prenait le chemin, 
Puis enfin s'arretait sur la haute colline. 

La, dans le sol glac^ fixant un etendard, 
II deroulait au vent les couleurs de la France. 
Planant sur I'horizon, son triste et long regard 
Semblait trouver des lieux ch^ris de son enfance. 
Sombre et silencieux il pleura bien longtemps, 
Comme on pleure au tombeau d'une mere ador^e, 
Puis a I'echo sonore envoyant ses accents, 
Sa voix jeta le cri de son ame eplor^e : 

" O Carillon, je te revois encore, 

Non plus, h^las ! comme en ces jours benis 

Ou de tes murs la trompette sonore 

Pour te sauver nous avait reunis. 

Je viens a toi quand mon ame succombe 

Et sent dej^ son courage faiblir. 

Oui, pres de toi, venant chercher ma tombe. 

Pour mon drapeau je viens ici mourir. 



" Mes compagnons, d'une vaine esperance 
Ber^ant encor leurs coeurs toujours frangais, 
Les yeux tourn^s du cote de la France, 
Diront souvent : Reviendront-ils jamais ? 
L'illusion consolera leur vie ; 
Moi, sans espoir, quand mes jours vont finir, 
Et sans entendre une parole amie, 
Pour mon drapeau je viens ici mourir. 

" Cet ^tendard qu'au grand jour des batailles, 
Noble Montcalm, tu plac^as dans ma main, 
Cet ^tendard qu'aux portes de Versailles, 
Naguere, helas ! je deployais en vain, 
Je le remets aux champs ou de ta gloire 
Vivra toujours I'immortel souvenir, 
Et dans ma tombe emportant ta memoire, 
Pour mon drapeau je viens ici mourir. 

" Qu'ils sont heureux ceux qui dans la mel^e 
Pr^s de Levis moururent en soldats ! 
En expirant, leur ame consolee 
Voyait la gloire adoucir leur tr^pas. 
Vous qui dormez dans votre froide bi^re, 
Vous que j'implore a mon dernier soupir, 
Reveillez-vous ! Apportant ma banniere 
Sur vos tombeaux, je viens ici mourir." 



A quelques jours de la, passant sur la colline 

A I'heure oii le soleil k I'horizon s'incline, 

Des paysans trouvaient un cadavre glac^ 

Couvert d'un drapeau blanc. Dans sa derniere ^treinte, 

II pressait sur son coeur cette relique sainte. 

Qui nous redit encore la gloire du pass^. 



23 



O noble et vieux drapeau, dans ce grand jour de fete, 
Ou, marchant avec toi, tout un peuple s'apprete 
A c^lebrer la France, a nos coeurs attendris 
Quand tu viens raconter la valeur de nos peres, 
Nos regards savent lire en brillants caracteres, 
L'heroique poeme enferme dans tes plis. 

Quand tu passes ainsi comme un rayon de flamme. 
Ton aspect venere fait briller dans notre ame 
Tout ce monde de gloire ou vivaient nos aieux. 
Leurs grands jours de combats, leurs immortels faits 

[d'armes, 

Leurs efforts surhumains, leurs malheurs et leur larmes, 
Dans un reve entrevus, passent devant nos yeux. 

O radieux debris d'une grande epopee ! 

Heroique banniere au naufrage echapp^e ! 

Tu restes sur nos bords comme un temoin vivant 

Des glorieux exploits d'une race guerriere ; 

Et sur les joufs passes repandant ta lumiere, 

Tu viens rendre a son nom un hommage eclatant. 

Ah ! bientot puissions-nous, 6 drapeau de nos peres ! 
Voir tous les Canadiens, unis comme des freres, 
Comme au jour du combat se serrer pres de toi ! 
Puisse des souvenirs la tradition sainte 
En regnant dans leur coeur, garder de toute atteinte 
Et leur langue et leur foi ! 

O. Cr^mazie. 



24 



Bux CanaDienB ffrancats 



SOLDATS DE PlE IX. 

" Aime Dieu et va ton chemin." ^ 

(Devise ecrite sur le drapeau des Volontaires.) 

Allez votre chemin, Frangais du Nouveau-Monde, 
Race de nos aieux tout a coup ranimes ! 
Allez, laissant chez nous una trace feconde, 
Offrir un noble sang au Dieu que vous aimez. 

De nos jeunes Croises vous etes deux fois freres, 
Marchez aux memes cris et dans les memes rangs, 
Faisant dire comme eux par vos oeuvres guerrieres : 
"Quand Dieu frappe un grand coup, c'est de la 

[main des Francs. 

Lorsqu'hier, etonnant et charmant notre ville, 
Comme chez des amis, joyeux et familiers, 
Vous marchiez, jeunes gens, au port male et tranquille, 
J'ai reconnu le sang de nos preux chevaliers. 

C'etait leur franc visage et leur allure Tranche, 
Toute I'antique France en un vivant miroir ! 
Tout, leur sainte devise et leur banniere blanche, 
Et ce noble parler sentant son vieux terroir 

Allez votre chemin, celui de nos ancctres, 
Ce chemin des martyrs qu'ils ont fait tant de fois ; 
Gardez Rome eternelle au plus clement des maitres, 
Image de son Dieu tronant sur une croix. 

25 



Allez comme eux, souffrir, mourir pour la justice : 
Notre Europe est livree aux plus sombres hasards : 
Au seuil de I'avenir, il faut que Ton choisisse, 
Entre le joug du Christ et celui des Cesars. 

Portez au Roi-Pasteur, votre sang et nos larmes ; 
Nos droits sont dans le sien confondus aujourd'hui. 
Vous qui baisez les pieds de ce vieillard sans armes, 
Nul Cesar ne vous voit inclines devant lui. 

Amis, de vos forets, a travers notre France, 
Je ne sais quel parfum se repand sur vos pas ; 
Une clarte vous suit, une fraiche esperance, 
Un sacre souvenir qui ne perira pas. 

Vous nous laissez heureux d'avoir revu des freres, 
Fiers d'avoir pu serrer votre loyale main. 
Dieu vous aime !.... il fera tomber les vents contraires ; 
Fran^ais du Nouveau-Monde, allez votre chemin ! 



Victor de Laprade. 



Lyon, 6 Mars 1868. 




26 



Bxcelstor! 



The shades of night were falling fast, 
As through an Alpine village, passed 
A youth, who bore, 'mid snow and ice, 
A banner with the strange device, 
Excelsior ! 

His brovv^ was sad ; his eye beneath 
Flashed like a falchion from its sheath ; 
And like a silver clarion rung 
The accents of that unknown tongue, 
Excelsior ! 

In liappy homes he savv- the light 
Of household fires gleam warm and bright 
Above, the spectral glaciers shone, 
And from his lips escaped a groan, 
Excelsior ! 

"Try not the Pass" the old man said ; 
"Dark lowers the tempest overhead, 
The roaring torrent is deep and wide ! " 
And loud that clarion voice replied 
Excelsior ! 

"Beware the pine tree's withered branch ! 
Beware the awful avalanche ! " 
This was the peasant's last Good-night ; 
A voice replied, far up the height, 
Excelsior ! 



At break of day, as heavenward 
The pious monks of Saint Bernard 
Uttered the oft-repeated prayer, 
A voice cried through the startled air, 
Excelsior ! 

A traveller, by the faithful hound. 
Half buried in the snow was found, 
Still grasping in his hand of ice 
That banner with the strange device, 
Excelsior ! 

There in the twilight cold and gray, 
Lifeless, but beautiful, he lay. 
And from the sky, serene and far, 
A voice fell, like a falling star. 
Excelsior ! 

Longfellow. 




Xe Drapeau Du Sacre=(Xceur a pata^* 

2 decembre 1870. 

I 

lis ont dit : "Dieu le veut ! La France nous appelle! 
Fils des croises, cueillons une gloire immortelle : 

C'est I'heure des combats ; 
Grondons comme les flots que I'orage dechaine.... 
La foudre du Seigneur dans la sanglante plaine 

Volera sur nos pas." 

"Enivrons-nous encore d'une sainte esperance ! 

A nous I'insigne honneur d'etre en ce jour, 6 France, 

Ton glorieux soutien ! 
Que de joie et d'amour chaque front s'illumine !.... 
Nous serons des heros, car dans notre poitrine 

Bat le coeur d'un chr^tien ! " 



11 

Deja tombe la nuit : sur le champ de bataille 
L'airain vomit toujours la terrible mitraille ; 
Sur nos jeunes soldats plane le d^sespoir ! 
Vainement entraines, ils reviennent sans cesse ; 
Plus ardent I'ennemi victorieux les presse.... 
Et le jour va finir, et deja c'est le soir ! 

C'est le soir...et Ton fuit ! O ma patrie, 6 France ! 

Ou sont tes jours passes ? N'est-il plus d'esp^rance ? 

N'est-il plus de grands coeurs d'oii viendra le secours ? 

— Quels sont-ils ces enfants dont le regard fiamboie? 

Voila tes chevaliers ! c'est Dicu qui les envoie !... 

O noble bataillon, c'est le moment, accours ! 

29 



"Accours, dit de Sonis, phalange magnanime, 
"II faut gravir la-bas cette sanglante cime ; 
"Jusqu'ici tout effort, helas ! reste impuissant. 
"La France etait tombee en de sombres abimes ; 
"II lui faut un sang pur pour effacer ses crimes ; 
"Enfants du Christ, versez votre gen^reux sang ! " 

*De Charette aussitot la vaillante phalange 
Autour du Sacre-Coeur avec amour se range ; 
L'etendard trois fois saint, au souffle du zephyr, 
D^ployait dans I'azur ses plis d'or et d'hermine, 
Et Ton voyait, a I'heure ou le soleil s'incline, 
Comme un voile sanglant a I'horizon surgir. 

*"En avant, dit Charette, au nom de la patrie ! 
Au nom du Sacre-Coeur ! c'est Lui qui nous convie 
A cct effort supreme ! II faut vaincre ou mourir ! " 
Et Ton vit ces heros qu'un meme amour anime, 
S'avangant le front haut, s'elancer dans I'abime, 
Ou Ton tom.be soldat et d'ou Ton sort martyr ! 

Ill 

^ Des nuages de poudre 
D'oii s'^lance la foudre 
S'elevent aussitot ; 
Le bataillon s'agite, 
Accourt, se precipite, 
Monte toujours plus haut ! 

Qui tombe ? C'est Charette ! 
La phalange s'arrete, 
Hesite. ..Mais soudain, 
Au cri : Vive la France ! 
Plus terrible s'^lance ; 
Tout cede a son entrain. 



*Ce5 deux strophes ne se trouvent pas dans la piece originale. 
30 



Voyez-le s'avancer, le bataillon sublime ! 
L'airain avec fureur mugit et le decime : 

11 poursuit son rapide essor. 
L'ennemi, fremissant de cet exces d'audace, 
S'acharne : vains efforts ! car le bataillon passe 

II passe et monte, et monte encor ! 



II monte et va heurter la vivante muraille 
D'ou s'echappe brulant le torrent de mitraiile 

Qui seme en ses rangs le tr^pas. 
II monte, et d'esperance on tressaille, on admire. . . 
Le flot qui bat le roc, impuissant se retire, 

Mais lui ne se retire pas. 

C'est la vague qui passe, 
L'ouragan dans I'espace, 
C'est la vague en courroux . . . 
L'air agite frissonne, 
L'airain sans cesse tonne 
Et redouble ses coups. 

L'ennemi s'epouvante 

Et sa masse mouvante 

Recule avec terreur . . . 

Serait-ce la victoire ? 

C'est bien plus, c'est la gloire : 

lis ont sauv6 I'honneur ! 



Oh ! ne les comptez pas, h(^las ! ceux qui survivent ! 
Les yeux voiles de pleurs, tristement ils arrivent, 

Disant : " Ou sont nos compagnons ? " 
Ou sont vos compagnons? Ils sont sur la colline. .. 
Le vainqueur en passant se decouvre et s'incline . . . 

lis dorment leur sommeil !. ..Prions ! 



Prions ! C'est le Seigneur qui console les meres . . . 
Qu'il apaise en leurs cceurs tant de douleurs ameres ! 

Prions !. ..Que Dieu, dans sa bonte, 
Se laisse enfin toucher de pitie pour la France ! 
Qu'il lui rende sa foi, sa gloire et sa vaillance, 

Sa splendeur et sa liberte ! 

Henri Baju. 




32 



SpmboUsme bu H)rapeau» 



Le Drapeau. 

Je suis le vieux drapeau de la France immortelle. 
Sur ton sol virginal, le premier j'ai flotte 
En t'apportant la foi, terre vaillante et belle, 
Que j'abritais jadis avec tant de fiert^. 

J'ai mille fois conduit les Francs a la victoire, 
Les siecles ecoules m'ont abreuve de gloire, 
Mais ma plus pure gloire, 6 Canada, c'est toi. 
Qui gardes si brillant le flambeau de la foi. 

La feuille d'Erable. 

Reconnais ton enfant, inoubliable France, 
Je naquis autrefois du plus pur de ton sang. 
J'ai conserve ta foi, ta langue et ta vaillance : 
A ce depot sacre, reconnais ton enfant. 

Le Tr£fle. 

Comme toi, Canada, ma foi m'a faite grande, 

Mes champs verts ont vu naitre un peuple ardent et fort. 

S^culaires martyrs, les enfants de I'lrlande 

Plutot que de trahir, ont pr^f^re la mort. 

Le Sacrii-Cceur. 

Entre le brin de trefle et la feuille d'erable 
Deux emblemes sacr^s, je vois briller mon coeur. 
II brule pour vous tous d'un amour ineffable : 
Venez aupres de lui ranimer votre ardeur. 

33 



Je cherche sur la terre ou repandre mes flammes : 
O mes chers fils, ouvrez done largement vos ^mes 
Que j'y verse a longs flots I'allegresse et I'amour, 
Car vous aurez, enfants, a lutter plus d'un jour. 

Vos peres dans mon coeur ont puise le courage, 
Les vertus qui les ont rendus si glorieux. 
A leur sublime histoire ajoutez une page, 
Enfants, restez toujours dignes de vos aieux. 

La Sainte-Vierge. 

Vous n'avez pas, mes fils, oublie votre mere : 
Vous dressez mon embleme au-dessus du drapeau. 
Du Canada je fus I'egide tutelaire, 
Mon amour le plus tendre entoura son berceau. 

A vous de le garder toujours grand et fidele ; 
Pour conserver vos coeurs purs, nobles et vaillants, 
Mettez-les dans ces plis, sous ma main maternelle, 
Pres du coeur de Jesus, I'aine de mes enfants. 

L'Erable et le Trifle. 

Sacre Coeur de Jesus, divin Coeur de Marie, 
Les fils du Canada, les fils de I'Hibernie 
Vous jurent tous ensemble, en ce jour solennel, 
Un amour eternel ! 

L. B. 



34 



CHANT AU SACRE-CCEUR. 



Refrain : Divin Je - sus fais-nous sentir ta flamme, Des vrais chre- 



^1 ^ 



tiens ranime en nous I'ardeur. Nous marche - rons sous ta blanche ori- 



O — f* — ^ 



flam - me, Nous le ju - rons au nom du Sacre - Coeur nous le jurons ! 



L'impie a dit dans sa rage in - sen - se 













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ra garder son Dieu ! au refrain 



Jusqu'a la mort, gardens notre devise : 
Soldats du Christ sans reproche et sans peur 
Nous servirons Dieu, Marie et I'Eglise, 
Nous le jurons au nom du Sacre-Coeur. 



Quand aura lui notre derniere aurore, 
Tournes vers toi comme au soir d'un beau jour, 
Nos coeurs glaces murmureront encore : 
Nous le jurons, a toi tout notre amour !